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Le samedi 10 septembre dernier, une nouvelle saison culturelle au musée des Beaux-Arts de Caen a commencé. Cette première visite descriptive était consacrée à une exposition temporaire intitulée « introspectives, œuvres de Frédérique Lucien », une plasticienne contemporaine née à Briançon en 1960. Elle travaille et vit à Paris et enseigne à l'Ecole Supérieure d'Art et de Design de Reims.
Après avoir été accueillis par Anne-Sophie Bertrand dans le hall d’accueil du musée, nous nous sommes rendus dans la salle où se trouve l’exposition.
La plasticienne Isabelle MAAREK nous a commenté l’œuvre de Frédérique Lucien, « Les pendantes ». Elle a commencé par nous donner les dimensions de la salle, très impressionnantes car cette pièce mesure une vingtaine de mètres de long sur une quinzaine de mètres de large.
Ensuite, elle nous a expliqué comment cette oeuvre a été créée. L’artiste a déroulé des rouleaux de toile, d’environ 20 mètres de longueur, dans lesquels elle a découpé de grands chrysanthèmes au bout de leurs tiges. Elle a peint ces fleurs de différentes couleurs avec des teintes très sobres. C’est la disposition de ces fleurs sur le mur et le sol qui donne toute son originalité à l’œuvre. En effet, Frédérique Lucien accroche le bout des tiges, qui forment de petits rouleaux, sur le mur de la salle. Puis les bandes de toile colorées descendent à la verticale jusqu’au sol où elle poursuivent leur course à l’horizontale, s’entrecroisant et se terminant par d’immenses flaques de couleurs que sont les chrysanthèmes.
Isabelle MAAREK nous a également expliqué la disposition des fleurs et la raison de leur présence sur le sol. En effet, l’idée originale de l’artiste était de faire une oeuvre murale. Mais les découpes trop fines et la pesanteur en ont décidé autrement. C’est donc le résultat de cette chute qui l’a inspirée pour créer son œuvre telle que nous pouvons la voir actuellement. Par la suite, Frédérique Lucien a tiré les leçons de cette expérience et a réalisé une œuvre murale, également exposée dans la salle.
Les fleurs de cette toile ne sont pas découpées totalement, restant attachées au rouleau de toile. En outre, les pétales les plus fins se replient en se penchant vers le public, laissant apparaître l’envers du décor.
La conférencière nous a ensuite proposé d’aller toucher les fleurs sur le sol pour nous faire une idée de la dimension et de la disposition de l’œuvre.
Frédérique Lucien est inspirée par le peintre Mathis. Ce dernier utilisait également le découpage dans son œuvre mais, contrairement à notre plasticienne, il peignait les matériaux avant de les travailler.
Elle puise aussi son inspiration de son milieu familial. En effet, son père était entomologiste et son grand-père cartographe, d’où sans doute cette passion pour le monde végétal, et des œuvres dont la disposition évoque des îles dans l’océan.
Il faut noter également, dans le travail de Frédérique Lucien, une certaine hésitation dans la découpe qui enlève toute rigidité à son œuvre, comme un travail de dessin, interrogeant sans cesse la ligne. Car même si elle emprunte les moyens de la peinture, c’est bien le dessin qui est au cœur du travail de Frédérique Lucien.
Frédérique Lucien, vous avez pu vous en rendre compte, utilise beaucoup le monde végétal dans ses œuvres. Mais elle utilise aussi parfois le corps humain par fragments : des jambes, des bras, des poitrines, des oreilles et des bouches qui parfois se confondent avec des feuilles. Elle a baptisé ces dernières des Orées.
Notre conférencière a terminé la visite en nous lisant quelques extraits du roman « Ruines de Rome » de Pierre Sanges qui évoquent la reconquête du monde par les végétaux. C’est avec se beau bouquet de poésie que nous sommes repartis, tout en prenant note de la prochaine visite descriptive qui aura lieu le samedi 19 novembre.
Nicolas Fortin.
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Après une petite incursion dans le monde de l’art plastique contemporain avec la visite de l’exposition consacrée à Frédérique Lucien au mois de septembre dernier, le musée des Beaux-Arts de Caen nous a proposé pour cette deuxième visite de la saison une œuvre plus classique puisqu’il s’agit d’une peinture de Paolo Véronèse intitulée « Judith et Holopherne ".
Pascale FISZLEWICZ nous a accueillis puis accompagnés dans la salle consacrée aux œuvres du 16ème siècle vénitien. Avant d’entamer la description de l’œuvre elle-même, elle nous a dressé un rapide portrait de l’artiste. Véronèse est né en 1528 à Vérone, ville qui lui donnera son surnom. Après plusieurs séjours dans différentes villes d’Italie, il s’installera à Venise en 1553. C’est à partir de cette époque que les commandes officielles deviennent nombreuses. Il réalise notamment les fresques du palais des Doges en compagnie d’autres peintres et une multitude de retables dans des églises.
Paolo Caliari dit Véronèse est un peintre baroque de l’école des maniéristes. Il formera avec Titien et le Tintoret le trio de tête des peintres Vénitiens de la renaissance tardive.
Véronèse est un artiste de la couleur. Il fait ressortir l'éclat et l'harmoniedans le jeu des colorations. On notera dans ses principales œuvres « la tentation de Saint-Antoine » et « les noces de Cana ». Ce dernier tableau sera à l’origine de la vocation du peintre Eugène Delacroix.
Pascale nous a ensuite décrit le tableau qui nous était présenté. Il s’agit d’une huile sur toile de 231 sur 273,5 cm. La scène qu’il représente est terrible puisqu’il s’agit de judith venant de trancher la tête du général Holopherne. Voici en quelques mots le récit biblique de cette légende.
Holopherne, général assyrien, et son armée assiègent la ville de Béthulie. Alors que les assiégés envisagent de se rendre, Judith, une jeune veuve très riche et de toute beauté, décide de les sauver. Pour parvenir à ses fins, elle se rend dans le camp ennemi avec sa servante et des cruches de vin. Son intense pouvoir de séduction ensorcelle Holopherne qui organise en son honneur un grand banquet. Il invite la belle Judith dans sa tente pour une nuit d’amour. La jeune femme en profite pour l’enivrer encore davantage. Une fois le général couché et hors d’état de se défendre, Judith lui tranche le cou avec son épée. Elle prend alors la tête dans une main pour la mettre dans le sac que lui tend sa servante et s’empresse de la ramener à Béthulie. Le lendemain matin, les assiégeants trouvant leur général mort, sont pris de panique et s’enfuient.
Le tableau représente la scène suivant la décapitation, lorsque Judith tient encore la tête d’Holopherne dégoulinante de sang dans sa main gauche pour la mettre dans le sac que sa servante lui présente. Elle tient la tête tranchée orientée face au public, ce qui permet de voir son nez, son œil gauche légèrement ouvert, le droit restant dans l’ombre. Nous pouvons également apercevoir son oreille gauche.
Judith se tient au centre de la toile. Elle est la parfaite représentation de la femme telle que Véronèse l’a peinte dans tous ses tableaux : une très belle blonde aux courbes gracieuses. Elle a des reflets de perles dans ses cheveux qui donnent à l’œuvre une sensation de l’instant. Elle est vêtue d’une superbe cape orange avec des fils rouges qui évoquent le sang et rappellent le meurtre. Sa robe est mauve avec des reflets jaunes. Judith est baignée dans des ombres oranges et mauves. Son bras est nu car sa manche est remontée. Il est garni d’un splendide bracelet de pierres rouges et brunes. Son chemisier est échancré, dévoilant son épaule et la naissance d’un sein. On remarque également que sa jambe est nue jusqu’au genou et qu’elle porte une chausse orange qui laisse apparaître ses doigts de pied.
La source de lumière qui l’éclaire est projetée sur ses cheveux et son front par la flamme orangée d’un immense chandelier placé dans le tiers droit du tableau. Son visage est terrible voire inquiétant avec son regard sur le côté. Il contraste avec sa grande beauté.
La servante, sur la droite de la toile, est une femme noire. Le peintre lui a donné un aspect rustique, sauvage. Elle esquisse un pas en direction de Judith pour lui approcher le sac qu’elle tient de ses deux mains. Elle porte des chausses vertes, une couleur peu présente dans ce tableau. Son vêtement est de qualité moins riche que celui de sa maîtresse. Il est rayé et de couleur rose blanc aux reflets jaunes. Il laisse apparaître son bras gauche, son épaule et son dos nu. Dans ses cheveux, pas de bijou mais une simple coiffe blanche avec des taches rouges qui viennent dégouliner comme du sang rappelant une fois de plus le drame.
Holopherne, lui, est représenté sur la gauche du tableau. Son bras droit forme une diagonale. L’homme est recouvert d’un drap bordé de dentelle et sa main gauche est juste au-dessus de la main de Judith. La partie haute de son corps est visible. On peut apercevoir son cou tranché et des gouttes de sang sur son thorax. La couverture de son lit est verte et le dessus de lit est de couleur vert clair et vert foncé. Sont également présents près du corps l’épée encore imprégnée du sang du général assyrien et un coussin brodé. A l’extrême gauche de la toile, on remarque la cuirasse du guerrier, de couleur noir avec des grands reflets de lumière blancs bordés d’or avec des petits éléments de rouge. Elle est coiffée d’un casque typique de l’époque contemporaine de l’artiste. Le tableau nous présente également un bouclier et une gouttière de protection pour le bras.
La scène est couronnée par une tenture théâtrale : une grande frise de couleur orange et or traverse le tableau dans sa partie supérieure et retombe avec des petits festons agrémentés de pompons. Evoquant également un décor de théâtre, un rideau, dont un pan rouge orangé et bordé d’or, se perd derrière l’armure. Le fond de la tente est de couleur orange foncé, avec une ouverture sur la nuit de teinte clair bleu pâle afin de faire ressortir les personnages de la scène. La nuit étoilée laisse apparaître au second plan les tentes de l’armée assiégeante et les murs de la ville de Béthulie.
Après quelques questions du public, l’heure est venue de quitter la violence de cette œuvre pour retrouver la sérénité d’une ville en paix.
Rédigépar Nicolas FORTIN.
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Une visite descriptive d’un tableau d’Edvard Munch a été organisée par le musée des Beaux-arts de Caen le samedi 7 janvier 2012. Cette fois il ne s’agissait pas seulement de découvrir une œuvre par sa description mais également de nous faire savourer de petites bouchées de nourriture préparées par Julie Amselem.
Nous avons eu aussi la possibilité de découvrir la technique du découpage des œuvres en petits carrés utilisée pour réaliser des versions plus petites ou plus grandes tout en conservant la bonne échelle.
Julie Amselem nous a présenté brièvement son travail. C’est une artiste plasticienne et cuisinière de curiosité qui s’inspire de l’art pour créer ses propres recettes
C’est Isabelle Maarek, également artiste plasticienne, qui nous a présenté l’œuvre d’Edvard Munch, « Soirée sur l’avenue Karl Johan ». Elle nous a tout d’abord invités à nous plonger dans l’enfance de l’artiste.
Edvard Munch est né en 1863 à Loten, en Norvège. Son père, Christian, était médecin militaire issu d’une famille très cultivée, tandis que sa mère venait d’une famille paysanne. A cinq ans, il a perdu sa mère emportée par la tuberculose. A partir de ce jour, son père ne fut plus le même : il déprima et trouva refuge dans la religion.
Edvard a grandi à Christiania, alors capitale Norvégienne. Il y fut élevé par la sœur de sa mère.
Le sort semble s’être acharné sur cette famille car, à l’âge de quinze ans, Sophie, la sœur aînée d’Edvard, contracta la phtisie. Cela obligea la famille à déménager à Oslo où Sophie mourut finalement dans la maison familiale. Par la suite, c’est la jeune sœur d’Edvard qui connut la dépression. Seul son frère, Andréas, se maria. Mais il mourut peu après.
Le talent d’Edvard Munch pour le dessin fut très tôt remarqué par sa famille. Mais son père tenta de l’orienter vers un métier technique. Cependant, Edvard revint vite à sa passion qu’il étudia sérieusement à l’école royale d’art et de dessin où il ne resta qu’une petite année. Il décida alors de peindre en autodidacte. C’est son voisin, le plus grand naturaliste norvégien, Christian Krohg, qui vint corriger ses défauts de techniques.
Malgré sa santé fragile, décrochant une bourse, Edvard Munch commença a voyager en Europe. Lors de son premier séjour à Paris, il découvrit le Louvre et sa richesse picturale. C’est grâce à ce séjour qu’il fut conquis par l’impressionnisme. C’est également à cette époque qu’il fit sa première rencontre amoureuse, qui le marqua beaucoup.
Isabelle Maarek a interrompu alors son exposé pour laisser Julie Amselem présenter sa première découverte gustative. Il s’agissait d’une bouchée a base de betterave crue creusée, dont l’intérieur était rempli de brandade de morue assaisonné à l’ail et recouverte de poudre d’algue. Julie nous a expliqué que la source de son inspiration pour ces bouchées lui était venue de la cuisine norvégienne, notamment du rapport terre mer.
Notre conférencière a repris en nous lisant un passage d’un texte écrit par la dernière sœur d’Edvard. Ce texte correspond bien à l’état d’esprit dans lequel se trouvait l’artiste dans cette période de sa vie.
Ensuite, Isabelle Maarek nous a décrit le tableau « Soirée sur l’avenue Karl Johan », 1892. C’est une huile sur toile de 84,5 centimètres sur 121, au format paysage. Une masse de personnages habillés en noir nous saute aux yeux. Elle se trouve dans la partie inférieure de l’œuvre. Ce sont des hommes et des femmes au teint blafard, voire spectral, qui arrivent sur nous sans nous voir. Ils sont coupés à mi-corps. Ils sont très inquiétants avec leurs yeux vides de toute expression, comme hypnotisés.
A gauche du tableau se trouve des bâtiments avec des fenêtres éclairées. Sur la droite, on devine un arbre monumental. Et dans le fond, la ville semble endormie.
Un personnage se trouve seul dans la rue, marchant en sens inverse de la foule. On peut imaginer que l’artiste a représenté sa propre solitude.
La tonalité générale du tableau est de couleur bleu mauve, assez foncée. Elle donne une impression de crépuscule, comme entre chien et loup. Le tableau a une apparence « sale », créée à base de coups de pinceau rapides. L’artiste travaillait sans préparation avec des gestes directs.
Edvard Munch a toujours eu beaucoup de mal à vendre ses tableaux tant il y était attaché. Cela l’incita à en faire de nombreuses versions, souvent très différentes dans les couleurs. Il se donnait à fond dans la première version de sa peinture, les suivantes nous apparaissant beaucoup plus légères.
Dans son pays, il fut considéré comme un impressionniste norvégien mais ce n’est pas du tout le cas. Cela correspond juste à une période de sa vie.
Lors d’un voyage, un ami le fit exposer à Berlin. Mais cela déclencha un scandale, sa peinture étant considérée comme horrible. Cependant, les journaux en parlèrent tant que cela lui fit de la publicité. C’est à partir de ce moment qu’il put créer sa propre exposition et qu’il commença à récolter le fruit de son talent.
Notre conférencière s’est alors à nouveau interrompue pour nous laisser déguster de nouvelles créations de Julie. La bouchée était cette fois un blinis à base de farine de sarazin et d’écorce d’orange, sur lequel était posé du poisson mariné dans de l’huile et du citron et saupoudré d’une baie japonaise verte très fraîche.
Isabelle Maarek a repris son récit de la période européenne de Munch. A cette époque, il rencontra beaucoup de personnes que nous appellerions aujourd’hui des marginaux. La Douchka était l’une d’entre elles. Son sourire était réputé pour faire damner tous les hommes. Elle était une grande buveuse d’absinthe, sans jamais se retrouver saoule.
Un jour, Munch rencontra une femme qui voulait l’épouser à tout prix. Mais il refusa car elle était beaucoup plus riche que lui. Ce fut le début d’un drame d’une grande violence qui le rendit paranoïaque. En 1909, il fit un séjour en hôpital psychiatrique où il suivit un traitement. Malgré cela, toute sa vie, des images le hantèrent.
Après cette description bouleversante de la vie de l’artiste, Isabelle Maarek nous a décrit une estampe du célèbre « cri ». En se promenant dans les fjords avec des amis au moment du coucher du soleil, Edvard Munch vit du sang dans le ciel. Il eut l’impression d’entendre la nature hurler. En rentrant chez lui, il a souhaité peindre son ressenti. Il s’est représenté chauve, les mains sur les oreilles, les yeux exorbités, la bouche démesurément ouverte et le corps complètement déformé. Son visage rappelle une tête de mort.
Derrière lui, se trouve un lac avec deux bateaux aux voiles blanches sous un ciel qui forme de grande partie blanche. Des lignes ondulantes verticales et horizontales donnent une impression de mouvement voire de vibrations.
Pour notre dernière parenthèse gustative, nous avons pu savourer Une boisson a base de litchis et de myrtilles épicée au cumin.
Edvard Munch sera une grande source d’inspiration pour les expressionnistes allemands. Il est décédé en 1944, à Ekely près d’Oslo, à l’âge de 80 ans. Il a légué un millier de tableaux, 4.500 dessins et aquarelles et six sculptures à la ville d'Oslo qui a construit en son honneur le musée Munch.
Nicolas Fortin.
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