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Inédit : des étiquettes de vin en braille

Vigneron-encaveur au Landeron (NE), Jean-Claude Angelrath innove en pensant aux aveugles : depuis cette année, les étiquettes de ses bouteilles de vin sont également écrites en braille.

Des idées, il n'en manque pas ! Passionné par son métier, Jean-Claude Angelrath diversifie de plus en plus le vignoble du domaine familial, soit un peu plus de cinq hectares, moitié en propriété et moitié en location, qui s'étendent sur les communes adjacentes du Landeron (NE) et de La Neuveville (BE). Cette année, l'innovation la plus marquante n'est pas dans le Flacon mais sur la bouteille : toutes les étiquettes comportent des petits points saillants lisibles au toucher par les aveugles et malvoyants...
Le cépage, le millésime, l'appellation géographique (Neuchâtel ou Schafiser) et "Jean-Claude Angelrath, Le Landeron" y sont mentionnés en braille (sauf sur les bouteilles de chardonnay, chasselas et chasselas doux élevés en barrique où ne figure que le nom du producteur).

Le jeune vigneron-encaveur a ainsi voulu rendre ses produits accessibles à tous. La démarche est selon lui "une suite logique à la philosophie de la maison". En effet, depuis quelques années déjà, les Angelrath ont aménagé leurs cave et espaces de dégustation de manière à ce que des personnes handicapées ou en chaises roulantes puissent y accéder facilement. "Une personne aveugle qui achète du vin doit sans doute bricoler des astuces pour, une fois chez elle, savoir quelle bouteille elle choisit, explique Jean-Claude Angelrath. Mettre une étiquette en braille leur facilite la tâche."

Né d'une réflexion personnelle spontanée, le projet a été mené sans tergiverser : pas d'étude de marché car l'objectif n'était de loin pas commercial, juste quelques contacts avec des associations d'aveugles et malvoyants pour savoir comment écrire en braille les différentes informations. Ensuite, il a fallu trouver une imprimerie capable de réaliser ces étiquettes de vin d'un genre nouveau. Le gaufrage que nécessite la mise en relief des points n'est pas une technique couramment utilisée. Ce travail triple le coût de l'étiquette. Mais Jean-Claude Angelrath refuse de le reporter sur le prix de la bouteille : "Tout le monde a le droit à une égalité de traitement, mon objectif n'est pas financier mais d'aider et peut-être de faire plaisir à quelques personnes".
Et si cette innovation lui attire quelques clients supplémentaires, il en sera d'autant plus ravi. Pour le moment, aucune personne aveugle ni malvoyante lui a commandé ou acheté du vin avec une étiquette en braille. Toutefois, cette exclusivité est encore méconnue. Faute de temps, le jeune producteur n'a pas diffusé d'informations ni fait de la publicité, notamment auprès des associations d'aveugles et malvoyants. Il en a l'intention, dès que possible, car ses étiquettes en braille lui permettent de se démarquer.

La différenciation, ce trentenaire y croit dur comme fer : "Pour un petit domaine comme le nôtre, le seul moyen de rester compétitif, c'est de privilégier la qualité et l'originalité."

devise familiale

Evoluer, progresser, diversifier, des verbes qui résonnent comme une devise chez les Angelrath. Un credo transmis de père en fils. Jean Angelrath a encavé sa première vendange en 1973 à Gléresse, puis en 1978 il vient au Landeron et rachète les locaux anciennement occupés par la Maison Canada Dry. La cave Angelrath prend forme et le domaine s'agrandit avec des parchets landeronnais. Au début, le chasselas domine, le pinot noir est encore rare, mais se développe. Dès 1985, Jean Angelrath se lance dans les "spécialités" avec "La Sirène", une cuvée sélectionnée de chasselas, le riesling ¥ sylvaner et l'oeil-de-perdrix, un rosé typiquement neuchâtelois tiré du pinot noir. Son fils Jean-Claude poursuit ce processus de diversification dès qu'il reprend la vinification, en 1988, après un apprentissage de caviste en Lavaux, suivi de l'Ecole de Changins et d'un diplôme d'oenologue.

Jean-Claude Angelrath a fêté sa quinzième vinification en 2004, année où il a repris officiellement les rênes du domaine. Sous sa responsabilité, l'entreprise viticole a poursuivi son évolution et la gamme de produits ne cesse de s'étoffer : chardonnay, pinot gris, blanc de noir (un pinot noir pressé sans cuver), puis "La Bombe", un vin mousseux de riesling ¥ sylvaner élevé selon la méthode traditionnelle, une eau-de-vie de vin (en plus du marc et de la lie), un pinot noir vieilli en barrique pendant une année, baptisé "Larmes de pinot". Et ce n'est pas fini : Jean-Claude Angelrath continue "ses petits délires", dit-il en parlant des différentes expériences qu'il mène dans ses vignes et sa cave. En 2002, il a lancé un chasselas et un chardonnay élevés en barrique. Dans la foulée, est né un chasselas doux lui aussi élevé en fût de chêne. La même année, il commence à faire du non-filtré, environ 1000 litres, dont les trois quarts sont écoulés auprès de restaurants de la rég! ions".

Médaille d'argent

Aujourd'hui, Jean-Claude Angelrath commercialise près de 40 000 bouteilles par année (50 cl et 75 cl), avec un assortiment d'une vingtaine de produits différents. Sur les cinq hectares, près de 40% de l'encépagement est en chasselas et 60% en rouge et spécialités. Récemment le Neuchâtelois a planté du garanoir et du merlot. Même s'il diversifie ses vignes, il tient au chasselas : "C'est une spécialité mondiale, un cépage que seule la Suisse vinifie, il faut donc le préserver, mais aussi apprendre à le mettre en valeur différemment". Le travail de vinification prend alors toute son importance. Avec deux jeunes vignerons de La Neuveville (Louis Hubert et Claude Auberson), Jean-Claude Angelrath a acheté un osmoseur, une machine qui permet d'enlever de l'eau au moût et ainsi de concentrer le fruit et le sucre. Fermentations à froid, cuvages et bien d'autres techniques sont mises en pratique par l'oenologue : "Je cherche à faire des spécialités de garde aussi dans les vins bl! anc".

Histoire de se situer sur le plan international, Jean-Claude Angelrath a participé en mars 2004 au concours des Chardonnay du monde, en Bourgogne, où il a décroché une médaille d'argent en se classant en 12e position sur 89 échantillons de la même catégorie à travers le monde.

Last but not least, la Maison Angelrath a transformé, en 2002, le caveau de dégustation en un restaurant offrant une soixantaine de places et mettant à l'honneur les produits du terroir. Les gens peuvent aussi visiter la cave ou y faire des apéritifs de mariage, d'anniversaire, etc.; la capacité d'accueil est d'environ 150 personnes. Au four et au moulin, gérant l'exploitation du domaine viticole, de la cave et du restaurant, Jean-Claude Angelrath travaille encore à mi temps pour la société d'emballage en gros et de revente de matériel de cave que dirige son père. Marié à Valérie qui travaille à l'extérieur mais apporte de nombreuses idées et une aide importante à l'entreprise, le jeune vigneron vit à cent à l'heure avec des projets pleins la tête !

Article publié sur notre site avec l'aimable autorisation de l'association de l'union des aveugles
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